rimouski

Des stages longue distance

Stages en régions non-métropolitaines

Les campagnes en cours pour la rémunération dépeignent, la plupart du temps, des portraits de stagiaires plutôt homogènes ayant une réalité propre aux grands centres.  Il existe cependant dans certaines régions des dimensions au problème qui s’ajoutent ou qui diffèrent de l’idéal type présenté. Cet article abordera la réalité des stages en enseignement à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Étant moi-même en stage, je n’ai pas eu le loisir d’aller sonder les stagiaires d’autres universités en région, mais les défis occasionnés par la distance à parcourir et la taille des cohortes se ressemblent à coups sûrs.

Un voyagement non rémunéré

À l’UQAR, les étudiant.es en enseignement primaire et préscolaire viennent surtout du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-Nord, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Une grande proportion des étudiant.es au baccalauréat souhaitent ainsi faire leurs deux derniers stages, plus longs et qui impliquent une importante prise en charge, à l’extérieur de Rimouski, pour augmenter les chances, après leurs études, d’obtenir un emploi dans la commission scolaire de leur patelin. Ils et elles se déplacent donc énormément en voiture dans le cadre de leur stage, pour assister aux cinq séminaires qui sont donnés à l’UQAR autant que pour se rendre à leur milieu de stage depuis leur domicile.

La demande pour un soutien financier est énorme en regard du peu de bourses octroyées par le programme pour payer les déplacements des étudiant.es de l’Université. Cette année, un déplacement de 70 km aller-retour entre le lieu de stage et la résidence n’a pas permis à une étudiante d’avoir accès à la bourse ni le 50 km aller-retour d’une autre étudiante de ma cohorte. Seulement six personnes y auront droit cette année pour un déplacement totalisant 80 km et plus par jour. Ces bourses de 500 $ couvriront de peine et de misère les frais de transport de ces stagiaires pour la période qui s’échelonne de septembre à décembre.

Puisque le stage IV dure dix-sept semaines et que la charge rend presque impossible d’effectuer des heures de travail rémunéré, l’on comprend sans étonnement pourquoi plusieurs étudiant.es décident de s’endetter pour réussir ce long trimestre. Tout un prix à payer pour pouvoir faire son stage en région.

Les endroits où l’on enlève les stages

À l’UQAR, il est désormais impossible de faire son stage aux Îles de Madeleine, si nous ne trouvons pas au minimum cinq autres étudiant.es de notre cohorte pour nous accompagner. Cette année est aussi la dernière où la ville de Fermont pourra accueillir des stagiaires. La Côte-Nord risque, elle aussi, de se voir retirée de la liste des destinations de stage, puisque l’Université considère que ce sont des endroits trop dispendieux et éloignés et qu’il n’y a pas assez de demandes. Je l’accorde, nous sommes maintenant de petites cohortes à l’UQAR, environ une trentaine d’étudiant.es par année. Bien que je comprenne qu’en astreignant les stagiaires à certaines régions l’on cherche à économiser, il m’est impossible de ne pas constater de quelle manière ces restrictions briment les étudiant.es de même que les milieux scolaires plus éloignés.

Mes collègues et moi-même sommes unanimes sur ce point : nous adorons les petites écoles des régions plus éloignées. D’abord parce qu’elles permettent de se faire connaitre rapidement par les directions d’écoles et ainsi se faire une place de choix sur les listes de remplacements et de contrats. Mais aussi parce qu’il est possible de s’intégrer rapidement et pleinement à une équipe souvent peu nombreuse, mais ô combien unie.

Dans une autre perspective, la venue des futur.es enseignant.es en formation dans ces écoles bien souvent isolées permet de faire le pont entre les nouvelles recherches universitaires et l’application des méthodes d’enseignements sur le terrain, la pratique. Ces stages longs permettent donc un vent de fraicheur, une aide nouvelle à ces écoles beaucoup trop souvent isolées.

Finalement, le gouvernement veut promouvoir les régions, les rendre plus attrayantes et amener la jeunesse à s’y établir. Étant moi-même nouvellement arrivée dans le Bas-Saint-Laurent, je crois que c’est en vivant ici, et c’est en y effectuant mes stages que j’ai eu la piqûre pour cette belle région.

L’un des premiers pas serait, à mon sens, de viser particulièrement la population étudiante à envisager de s’y installer et d’y parfaire leurs apprentissages. Alors, pourquoi dans ce cas ne pas favoriser cela en fournissant les capacités financières aux étudiant.es, soit un système de bourses pour les stages en milieux éloignés, qui s’ajouterait au salaire de base pour les stages.

Un combat similaire

Après tout, le combat des stagiaires reste sensiblement le même un peu partout au Québec, à savoir, l’accès à des stages rémunérés. On demande aux stagiaires d’occuper des postes à temps plein tout en étant étudiant.es, de ne pas avoir d’emploi et, surtout, de payer les frais de scolarité. Bien que les dépenses liées aux déplacements s’appliquent principalement en région, un.e stagiaire peut être loin de son école de stage tout en habitant en centre urbain. Je crois toutefois que si l’on souhaite valoriser et faire vivre les belles régions du Québec, les rendre attrayantes pour des futur.es travailleur.euses, cela passe, encore une fois, par l’éducation.

Catherine Duval Guévin

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Cet article a été publié dans le numéro de l’hiver 2018 du CUTE Magazine.
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